Gérer l’identité numérique professionnelle de nos chercheurs, une piste pour valoriser leurs travaux, et notre travail…

Tous les jours ou presque, nous valorisons la recherche produite dans nos universités, sans en avoir toujours conscience.

Je pense surtout aux thèses, dont le catalogage accroît la « visibilité » d’au moins deux chercheurs liés à notre université : le thésard, et son directeur.

Dans le SUDOC, un document bien catalogué, ce n’est pas seulement un document décrit correctement, avec des mots-clés et un résumé (dans le cas des thèses), ce sont aussi des liens vers des notices dites d’ »autorité« , dont chacune correspond à une des personnes physiques ou morales ayant eu un rôle dans la publication de ce document.

Dans le cas des thèses, ce travail est fait consciencieusement, ce qui implique le plus souvent la création d’une notice pour le thésard. En général (je ne sais pas s’il existe des exceptions), le service des thèses utilise, en plus du nom et du prénom du doctorant, sa date de naissance.

Dans les documents produits ultérieurement par notre doctorant, il sera identifié ainsi : « Patronyme, Prénom (1982-….) », et non « Patronyme, Prénom ».

Et alors? Pour M. Prénom Patronyme, digne héritier de Papa Patronyme et de Maman Patronyme, cela ne changera pas grand chose, parce qu’il ne risquera pas de croiser un homonyme…. Certes, mais pour M. Pierre Martin ou Mme Marie Dupont, cela change beaucoup de choses ! En les différenciant de leurs homonymes, nous avons rendu service à nos collègues, chargés de cataloguer leurs prochains ouvrages, mais surtout aux futurs lecteurs, qui pourront les identifier plus facilement, et de manière générale, à toute personne consultant le sudoc (ou le sigb dans lequel ses notices sont dérivées) pour identifier précisément les travaux de M Pierre Martin (1982-….). Parmi ces usagers de nos catalogues, peut-être y aura-t-il un recruteur, bien content de constater d’un coup d’oeil que M. Pierre Martin a écrit 25 livres et 143 articles. Il y aura peut-être également M. Martin lui même, bien content de pouvoir d’un clic faire un lien vers l’ensemble de ses travaux dans le SUDOC, à l’exclusion de ses homonymes.

Conclusion : en faisant bien notre boulot nous rendons un service, certes bien modeste, à la personne auteur du document catalogué.

Cette précision dans les notices d’autorité va devenir un enjeu majeur dans les années à venir.

Sur un plan international, le VIAF, encore expérimental, permet déjà de croiser de nombreux fichiers d’autorité. J’imagine que le SUDOC devrait bientôt rejoindre ce projet. Et alors, il faudra identifier Pierre Martin sans ambiguïté, parmi tous ses homonymes américains, canadiens, britanniques, etc.

Pour ce qui est du SUDOC, depuis quelques mois, ses autorités ont été « libérées » du catalogue et peuvent être interrogeables et modifiables depuis une interface séparée, IDREF (qui semble être devenu « autorité SUDOC », guère plus parlant, mais passons…),  dont le projet est détaillé ici. Dès maintenant, des bibliothécaires utilisant d’autres applications que le SUDOC (STAR, le nouvel outil de catalogage des thèses et CALAMES, catalogue de manuscrits ) peuvent utiliser ce service. A terme, l’ABES souhaite qu’il soit utilisable par d’autres acteurs. J’imagine qu’il serait très utile pour donner plus de cohérence à la base d’archivage  HAL par exemple, ou à des bases de revues en ligne.

Pour l’instant, les articles de Pierre Martin dans HAL ou d’autres bases ne sont pas reliées au SUDOC, mais un jour la précision « né le 1/5/1982″, apportée dans le SUDOC par le collègue ayant catalogué sa thèse,  permettra d’identifier clairement ses articles et toute sa production scientifique. Dans un contexte marqué par le poids croissant de la bibliométrie, cela pourrait s’avérer très précieux pour M. Martin…

Mais pourquoi ne pas valoriser ainsi toute la production intellectuelle nos chercheurs, et pas seulement leurs thèses ?

Concrètement, il est fréquent de trouver des doublons, c’est à dire deux (parfois trois…) notices décrivant exactement la même personne.
Ce cas est en théorie facile à régler : il « suffit » de prévenir l’ABES via son portail d’assistance (le fameux ABESstp), qui fusionnera les deux notices. En théorie seulement, car encore faut-il se rendre compte qu’il y a un doublon!

Il est encore plus fréquent que les notices de chercheurs n’ayant pas soutenu leur thèse récemment ne comporte pas leur date de naissance (la date de naissance n’est absolument pas obligatoire dans une notice).

Ce cas est plus délicat : dans un élan d’enthousiasme, je me suis rendu compte que nous dormions sur un trésor de données : le fichiers de nos lecteur, qui recoupe celui du personnel de l’Université. Ne pourrait-on pas le consulter  pour récupérer les dates de naissance de nos chercheurs ? Mais comme me l’a indiqué une collègue, l’idée était mauvaise, car  la date de naissance est une donnée privée, que certaines personnes pourraient ne pas souhaiter divulguer (si la date se trouve ailleurs, sur le livre ou dans le catalogue de la BnF, la question ne se pose plus, bien entendu). Il existe d’ailleurs une zone (899) dans les notices d’autorité, dans laquelle on peut préciser, à l’attention des collègues et non du public, « La personne ne souhaite pas que sa date de naissance soit divulguée ». Je pense que nous aurions bien peu de procès, mais il vaut mieux faire les choses dans les règles.

Au contraire, ce handicap juridique pourrait devenir un aiguillon pour nous que nous rapprochions des chercheurs de nos universités. Car le véritable trésor, ce ne sont pas  les donnée, mais les hommes et les femmes qui travaillent à quelques pas de nous, et que bien souvent nous ne croisons jamais, surtout depuis que nous leur avons fourni un accès à distance à leurs bases de données préférées.

Alors, et si nous leur demandions leur avis ? Si nous les assurions que dans le but de valoriser leur travaux, ou du moins de les rendre visible, un ou deux agents du SCD seraient chargés de suivre leurs publications, de s’assurer qu’il n’y ait pas de confusion avec d’autres chercheurs, de répercuter leurs changements de noms (pour les femmes mariés…), seraient-ils nombreux à refuser qu’on utilise leur date de naissance ? Je pense plutôt qu’ils seraient très satisfaits de notre professionnalisme et de l’attention que nous portons à leurs publications.

De plus, j’ai peur qu’à terme, si nous ne engageons pas sur cette voie, les laboratoires (des universités ou des organismes de recherche) s’en chargent à notre place. Si IDREF leur permet un jour  de gérer directement l’ »identité numérique professionnelle » de leurs membres, cela sera une occasion manquée pour nous, qui disposons de l’expérience et des compétences pour ce genre de travail.

Et si à l’avenir nous cataloguions plus de personnes que de documents?

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