« J’ai vu passer ça sur la liste, je vais vérifier dans les archives »

Si cette phrase vous semble familière, c’est sans doute que vous travaillez en BU, et plus précisément sur un poste lié de près ou de loin au catalogage.
Et dans ce cas, vous n’aurez aucune difficulté à identifier « SUCAT« , la liste de diffusion à laquelle presque tous les catalogueurs sont abonnés en BU. Cette liste sert à l’ABES à diffuser ses consignes. Mais c’est aussi un lieu d’échange et de débat entre catalogueurs.

Je vais un peu vite en besogne, car si vous êtes spécialiste du patrimoine, vous pensez certainement à Bibliopat, si vous travaillez en section musique, à la liste Discothecaires, et bien sûr, si vous êtes un vieux, à Biblio.fr.

Ah, SUCAT, peut-être que dans quelques mois je ne recevrai plus tes messages, si la métempsychose administrative propulse mon âme de fonctionnaire dans un nouveau corps (suivez mon regard, déposez un cierge, immolez une norme au dieu des concours, et donnez moi quelques adresses de bars sympas sur Lyon, à vot’ bon coeur m’sieurs dames).

Et bien oui, si je cesse d’être catalogueur, SUCAT me manquera. Malgré les débats parfois énervants, les coups de gueule, les sempiternels hors-sujets, les questions qui restent sans réponses, les 50 messages simultanés signalant que le SUDOC est en panne à La Roche sur Yon, Nouméa, Perpignan et dans tout le monde connu, et malgré l’interface très « Web 0.0 » de ses archives.

Parce que malgré tous ses défauts, et comme feu Biblio.fr, c’est un élément identitaire fort d’une communauté relativement soudée, les catalogueurs de BU.
Les détournements sont rares mais symptomatiques. Lorsque les BAS se mobilisent contre un projet de décret jugé inique, c’est dans SUCAT qu’ils commencent à se manifester. Personne ne proteste. C’est normal, nous sommes « entre nous », et on peut pour la bonne cause tolérer une petite incartade à la neutralité de cet outil professionnel.

Quel que soit leur contenu, les messages les plus anodins nous rassurent. Tous les jours, d’autres font le même travail que nous, ailleurs. Nous voyons des noms défiler, parfois plus souvent que d’autres. Nous ne les connaissons pas, ne les rencontrerons jamais, et pourtant ce sont des collègues, qui ne travaillent pas seulement avec le même outil, mais dans le même but, et pour la même communauté de lecteurs.

Je crains que ce genre de réflexion ne soit plus tout à fait dans l’air du temps. Autonomie! Autonomie! J’entends les cris de notre tutelle et de nos présidents. Et j’acquiesce : il est légitime que chaque BU s’adapte au mieux à son public, au contexte local, aux choix stratégiques de son université. Mais l’autonomie peut vite tourner à l’impuissance ou à la cacophonie si l’esprit de compétition l’emporte définitivement sur la collaboration. Ce qui est valable pour la recherche (on ne reviendra pas ici sur cette question, mais tapez « labex » ou « idex » dans votre moteur de recherche préféré si vous ne voyez pas ce que je veux dire…) l’est aussi pour les services techniques ou les bibliothèques.

Cet esprit de collaboration, on peut le stimuler par le haut, en développant des partenariats entre établissements, mais on peut également l’entretenir par le bas, en maintenant et renforçant une identité partagée entre les « petites mains » qui font fonctionner les BU au quotidien.
Entendons-nous bien, je ne demande pas à ce que tout le monde s’inscrive sur SUCAT, et je ne pose pas cette liste en modèle absolu. Elle n’est pas sans défauts, et est sans doute sous-exploitée par le réseau.
Mais l’exemple des catalogueurs est atypique : dans le cadre de mes fonctions – catalogage, acquisitions, formations, renseignement – je suis abonné à deux listes, centrées sur le catalogage : SUCAT et CORCAT (certes réservée aux correspondants catalogage). Rien pour le reste. Peut-être que les autres sujets font l’objet de débats dans certains lieux virtuels (listes, blogs, sites d’associations?), mais dans ce cas je ne suis pas au courant. En tout cas je n’y ai pas accès : peut-être que seuls les responsables (les conservateurs donc) y participent ? Alors que n’importe quel catalogueur peut et même doit s’abonner à SUCAT.

Enfin, pour finir, petite digression sur mon identité numérique. C’est une tarte à la crème, et tous les blogueurs ont dû en passer par là, mais je constate à quel point il est enrichissant de participer à plusieurs réseaux, professionnels (sucat, corcat), privés (facebook), et « privéssionnels » (twitter, blogosphère). Encore cet après-midi, un message sur une liste officielle a donné lieu à des allusions sur twitter (ça m’apprendra à vouloir faire de l’humour aussi! ;-)). Parfois c’est simplement sympathique, mais parfois une idée « professionnelle » va naître d’une remarque dans un commentaire de blog ou d’un échange de mail tout à fait informel.
Tout cela est stimulant, mais parfois aussi légèrement inquiétant. Dans les premiers mois de ce blog, je pensais n’être lu que de quelques amis et néanmoins collègues qui savaient pertinemment qui j’étais et où je travaillais. Je n’avais pas non plus cherché à me cacher, puisque ma page « officielle », qui contient mon CV, a toujours pointé vers ce blog. Mais je pensais donc innocemment pouvoir m’exprimer « librement ». Depuis, et malgré le faible nombre de billets postés, jeune padawan je ne suis plus (plus que le blog, je pense que c’est surtout Twitter qui m’a déniaisé). Mais faut-il pour autant modifier mon bandeau pour faire figurer mon nom en gras? L’anonymat est illusoire, mais la discrétion peut avoir ses charmes.

Bonne nuit à tous! et à demain pour de nouvelles aventures sucatesques…

3 comments to « J’ai vu passer ça sur la liste, je vais vérifier dans les archives »

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